Rémi Benard

RemiBenardSaut"J'ai pu rencontrer Rémi Bénard lors de son passage à Genève, alors qu'il donnait un stage aux élèves du Ballet Junior de Genève, en décembre 2015.
Rémi a 29 ans, il est natif de Troyes et a un parcours passionnant."
Interview réalisée par Caroline Bertoldo

1) Quel a été votre parcours après avoir quitté le Ballet Junior ?

J'ai quitté le BJ il y a environ 5 ans. Il faut dire qu'avant ça, au cours de la dernière année, en parallèle du bj, quelques danseurs et moi-même avons dansé chez la compagnie Alias : on travaillait avec la compagnie pour pouvoir aller en tournée et on a dansé : « Sideways rain ».

2) Comment ça s'est passé ?

J'ai passé plusieurs auditions, et j'ai eu un contrat à plein temps chez Johannes Wieland au Staatstheater Kassel. C'est de la danse théâtre, très contemporaine, très physique et acrobatique, avec un mélange de théâtre : l'idée centrale est la suivante : comment mettre un sentiment ou un personnage en mouvement.
J'y suis resté deux ans à temps plein.
Ensuite j'ai eu envie de changement et je suis donc parti : j'ai eu un contrat avec Isabelle Chaffaud et Jérôme Meyer pour monter le solo du « Jeune homme et la Mort » : une reprise, version contemporaine, pour une tournée dans toutes la Hollande plus une résidence en Suisse à la Tanzhaus de Zurich.
Ça a pris 6 mois, jusqu'en janvier, et donc, il me restait quelques mois pour finir la saison.
Alors que j'étais en train de passer une audition, en Suède, à Mallmö, Johannes Wieland me recontacte depuis Kassel et me propose de remplacer un danseur à temps plein, pour finir la saison : ça tombait parfaitement bien ! J'ai fait trois pièces avec la compagnie et du coup, j'ai signé à nouveau un contrat pour un an à temps plein.

J'ai voulu changer à nouveau, et j'ai demandé un contrat « guest », car j'avais besoin de voir autre chose, de prendre le temps de me retrouver un peu. Car quand on est full time, c'est full time ! En plus, lorsque l'on est en plein milieu de l'Allemagne, ce n'est pas facile de voyager. Donc je voulais revenir en France, voir ce qui se passait en France, voir ma famille, des spectacles.

3) Alors, quelle a été la suite ?

Je me suis installé à Marseille pour avoir un point de chute. J'ai continué mon entraînement personnel, plutôt la course à pied, à l'extérieur, gainage, pompes, abdos....et je prenais de temps en temps les cours de classique à l'opéra de Marseille. Je n'ai pas vraiment travaillé, c'était une période de pause. J'ai vu des spectacles et beaucoup voyagé : ça m'a rouvert l'esprit.

4) Que faites-vous actuellement ?

Je suis encore en train de découvrir un autre milieu de danse plus « commerciale » : je fais un book photo, pour faire des publicités, des tournages. De fil en aiguille, en m'introduisant dans ce milieu, j'ai eu un contrat de deux semaines à Dubaï, avec Emilie Capel, ancienne danseuse phare de Madonna. Je me suis retrouvé avec une équipe de personnes avec des backgrounds très différents, des danseurs contemporains, d'autres plus habitués à ce milieu et un danseur hip hop breaker et trois trickers. C'était pour l'ouverture des championnats du monde de sport aérien. Je me suis retrouvé à être dans une recherche d'effet visuel et très frontal, avec des mouvements beaucoup plus simples et sans toute la recherche qu'il y avait derrière. Techniquement c'était moins poussé, mais il fallait qu'il y ait un bel effet, que ça plaise au grand public.

5) A quoi vous a servi cette pause ?

Le fait d'avoir fait cette pause me relance vraiment, alors que j'étais fatigué et un peu perdu, et je me posais la question de savoir si je voulais continuer....ou me lancer dans d'autres aspects comme l'enseignement, les workshops et de varier les plaisirs du métier. La vie en compagnie est très intense et très difficile. La vie en freelance permet d'avoir plus de disponibilité et de liberté et de respirer, d'avoir du temps pour soi.

6) Pour quelle raison êtes-vous au BJ actuellement ?

Me voilà au BJ depuis une semaine parce que ça faisait longtemps que j'avais envie de retourner ici car cette formation m'a ouvert les portes du monde professionnel et que j'avais envie de contribuer à ça, maintenant que je sais de quoi je parle.
Après plusieurs années, je pense que je peux aiguiller les danseurs. Ca fait deux ans que j'enseigne à l'audition de Johannes à Berlin, et il y a des danseurs du BJ qui viennent. J'ai pu constater qu'il leur manquait certaines choses et j'avais envie de leur amener ce que j'ai appris : les aider dans la théâtralité, dans un mouvement très physique, avec beaucoup de sol. Comment utiliser la technique de tricks et d'acrobatie tout en restant danseur.
Je voulais aussi leur montrer l'autre aspect de l'improvisation avec une théâtralité très poussée, dans le sens où il faut aller chercher au fond de soi, et ne pas rester dans le confort, dans ce qu'on a l'habitude de faire et qui peut être assez léger sur ce plan.
J'ai aussi fait ça parce que Johannes va revenir en février pour une semaine. Il y a des contrats-apprentis qui pourraient être intéressants pour des danseurs qui sortent du BJ et qui ont encore besoin de maturité. En plus, c'est bien payé. Ce sera l'occasion pour Johannes de les voir et pour eux de voir ce travail. Ça donnera plus de cordes à leur arc.
Le travail de cette compagnie peut leur ouvrir des possibilités dans des compagnies similaires, Ballet C de la B en Belgique, DV8, Peeping Tom, Pina Bausch, etc...
L'Idéal serait, si ça plait et que c'est possible, que ma contribution au BJ devienne un suivi régulier : une ou deux semaines de stage avec ce programme, non seulement techniquement, pour combler les trous, mais aussi pour compléter l'enseignement qui est donné. Et pourquoi pas, si ça rentre dans le contexte du BJ, permettre que Johannes Wieland crée une pièce pour le BJ.
Ça me passionne de pouvoir faire ça, de pouvoir aider.
Ensuite, je retourne du 25 janvier à juillet à Kassel.

7) Quel est votre style de vie ?

Je m'entretiens physiquement pour continuer le plus longtemps possible et je mange correctement : j'évite les produits industriels, je mange à base de légumes, de fruits etc. : « tu es ce que tu manges » est une phrase que j'adore. Il faut oublier ce que l'aliment va t'apporter dans la bouche et penser à ce qu'il va t'apporter à l'intérieur du corps. Ce n'est pas toujours facile et je craque de temps en temps.
Le fait d'être bien physiquement me permet de faire plus de choses : endurance, meilleur sommeil, plus de dynamisme, récupération plus rapide. etc.

8) Quels sont vos désirs ? Vos envies par rapport à votre carrière ?

C'est trop tôt pour répondre à cette question, car je suis un peu entre-deux. Il y a quelques compagnies qui me font vibrer, mais je sens que pour le moment, j'ai besoin de revenir à mes racines.

9) Qu'est-ce qui vous intéresse, à part la danse ?

Les arts martiaux. J'ai commencé par la gymnastique pendant environ dix ans, et j'ai été jusqu'aux championnats de France. J'ai dû arrêter un an après une blessure importante. Ensuite j'ai commencé le Kung Fu car j'adorais les films de Bruce Lee et ça me correspondait complètement, car ça mélangeait la gymnastique et l'art martial.
J'ai commencé le théâtre au Conservatoire de Troyes, en parallèle, et j'en ai fait pendant 8 ans. J'ai aussi fait de l'escalade pendant 5 ans. J'ai goûté à la scène en faisant du théâtre, et j'étais attiré par la comédie (j'avais un côté hyper actif et orateur, j'adorais faire rire les gens, j'aimais bien qu'on sache que je sois là). J'avais besoin de m'exprimer. J'adorais la scène, mais le côté hyperactif était très présent, et donc j'ai continué le sport.

J'étais dans un spectacle « Lézard en folie », où se mélangeaient tous les arts. Pendant ce spectacle on se retrouvait tous et j'ai vu la répétition de danse : un duo entre un garçon et une fille, je suis resté figé, bouche bée, car il y avait de la théâtralité. Il y avait à la fois le côté théâtral et physique. J'avais 16 ans : je me suis dit, « j'ai envie de faire ça, il faut que j'essaie ».
L'année d'après, j'avais fini mon cycle de théâtre, et je me suis inscrit en danse en jazz et classique, je prenais des cours avec les tout petits : je devais tout apprendre, tout le vocabulaire mais j'en faisais tous les jours. Je finissais ma Terminale, je passais mon Bac et donc, je me demandais ce que j'allais faire après le Bac : l'IUT (Institut universitaire technologique) ou le Conservatoire National Supérieur de Lyon.
Je me suis renseigné pour savoir comment devenir danseur professionnel : on m'a dit de passer l'audition et je l'ai eue en section contemporaine : c'est un comble car je n'avais jamais pris un cours de danse contemporaine de ma vie.

10) Qu'imaginez-vous faire lorsque vous aurez terminé votre vie de danseur-se sur scène ?

J'ai plein d'idées mais rien encore de précis. Ça dépendra de la façon dont je termine ma carrière. J'ai envie de continuer longtemps. Pendant cette année de pause, j'ai vu qu'il y avait plein de choses différentes dans ce milieu.

11) Que souhaitez-vous dire aux danseurs du BJ ?

Quand on est au BJ, on a besoin de preuves car on n'a pas encore réussi, on n'a pas encore eu de premier contrat, pas eu de récompense par rapport à tous ces sacrifices.
J'ai envie de dire aux danseurs du BJ de surtout croire en eux, de savoir qui ils sont et de l'assumer. Quelqu'un qui est dans le doute, ça va se voir. Là où il faut faire ses preuves, dans une condition d'audition, sur un très court moment, dans ce moment précis, c'est ce qui va faire la différence. Il n'y a pas la place pour l'hésitation.
C'est un travail d'une vie. Croyez en ce que vous faites, et osez.