Danilo Moroni

Danilo Moroni copyDanilo Moroni est né il y a 28 ans en Sicile. Après avoir commencé la danse classique et le Flamenco vers l’âge 15-16 ans, il a poursuivi surtout une formation de ballet. Un jour, il a rencontré une professeure qui a beaucoup dansé en Allemagne et qui lui a proposé de découvrir la danse contemporaine ; des amis lui ont ensuite parlé du Ballet Junior et Danilo a donc poursuivi sa formation au BJ entre 2009 et 2011. Après avoir quitté le BJG, il fait une apparition en tant que guest pour la pièce de Hofesh Shechter, Uprising, expérience qui lui a beaucoup plue.
Danilo est aujourd’hui photographe et réalisateur.

1) Quel a été votre parcours après avoir quitté le BJG ?

Je suis parti pour répondre à une demande d’Europa Danse, une compagnie qui présente le travail de plusieurs chorégraphes, plutôt néoclassiques tels que Jiri Kylian et Mats Ek par exemple ; j’ai aussi dansé « Blé Noir » de Malandain. J’y suis resté 6 mois, alors que j’avais un contrat de 8 ou 9 mois. Mais à la demande de Guilherme Botelho, avec qui j’avais travaillé sur une création au BJ, j’ai quitté Europa Danse pour rejoindre la compagnie Alias.
Alors que j’étais encore au BJ et que je travaillais la chorégraphie de Botelho, j’avais du mal à comprendre la danse théâtre, parce qu’au début, j’étais un danseur assez classique. Mais je voulais approfondir : Guilherme Botelho était à côté de moi pour m’aider à comprendre les conventions et la deuxième année, j’ai beaucoup développé mon imaginaire. Je rêvais de travailler un jour avec lui, et c’est arrivé.
Au début, je suis parti seulement pour remplacer un danseur pendant quelques mois, puis comme ça a très bien marché, je suis resté chez Alias pendant environ 3 saisons.

2) Comment s’est passée l’entrée dans la vie professionnelle ?

En fait, j’ai eu mon premier engagement quand je suis arrivé au BJG : la saison commençait au mois d’août, et au mois de septembre, j’ai eu un contrat avec le Grand Théâtre qui prenait 80% de mon temps : j’ai dansé « Casse Noisettes » et j’ai participé aux tournées.
Après avoir quitté le BJ, j’ai passé plusieurs auditions et j’ai essayé toutes les compagnies. Il y avait beaucoup de compagnies néoclassiques et des compagnies de théâtre, ce qui donne une sécurité bien sûr. Mais, il y a eu le contrat avec Europa Danse : j’ai choisi cette compagnie et j’ai renoncé à deux autres contrats, car les compagnies en question avaient des conditions qui ne me convenaient pas.
Ensuite, j’ai compris que le style néoclassique n’était pas pour moi et j’ai préféré chercher à danser des personnages plus en lien avec la vie réelle, plus physique. J’ai compris que j’aimais pouvoir chercher. En fait, la danse est pour moi comme la photo : un moyen d’expression. Je ne veux pas copier ou recréer ; je veux prendre un concept et chercher à dire quelque chose, être créateur.

3) Que faites-vous actuellement ?

J’habite à Londres et je voyage beaucoup en Europe. Aujourd’hui, je suis photographe et réalisateur de films. Du moment que je peux exprimer ce que je veux, je cherche à le faire. Je ne suis pas photographe ou réalisateur pour être photographe ou réalisateur, mais pour chercher et dire des choses.
Au début, j’étais assez connecté avec le monde de la danse, mais je commence maintenant à me détacher : je fais des portraits, j’aime la vie de rue. Je fais aussi l’image de communication, de la publicité, pour des chorégraphes et des compagnies qui veulent des affiches pour vendre leur spectacle. Ça fait un an et demi que je montre mon intérêt pour le portrait chorégraphique, pour des personnages. J’ai fait 4 affiches. Par exemple, pour une pièce qui s’appelle « Bloom », il y a 5 personnages, ça se passe dans la nature et la nature peut prendre le pouvoir sur les personnages. Là, je n’ai pas fait des photos de danse, mais un portrait de la fille dans la nature.

4) Comment êtes-vous arrivé à la photo ?

Je suis né dans une famille de photographes ! Ma mère était photographe et mon père photographe de scène. En fait, je suis arrivé à la danse par la photo ! Je faisais de la photo déjà à 8 ans. Ensuite, j’ai un peu arrêté et j’ai repris au BJ car Sean et Patrice avaient monté un petit blog. J’ai adoré ça et j’ai commencé à prendre des photos pour le blog. Ensuite, j’ai continué avec Alias.
Pour Alias, je photographiais dans la rue, pendant les tournées. Je suis souvent dans la rue avec un appareil photo, en train d’essayer de capturer des instants. C’est cette expérience qui m’a poussé à devenir photographe et travailler dans les arts visuels plutôt que d’être chorégraphe ou professeur de Pilates, par exemple.

5) Quel est votre style de vie?

J’ai passé de Genève à Londres, et c’est très différent. Londres est très compact. A Genève, il y a la nature, j’adorais me balader au Salève, aller au lac. A Londres, je me sens enveloppé par la ville.
En ce moment, mon style de vie est très occupé ; j’essaie d’acheter mon temps libre ! On peut ne jamais s’arrêter dans cette ville, mais j’ai compris que je ne peux pas vivre comme ça. J’ai vu que je peux faire beaucoup de choses assez vite, mais je ne veux pas devenir « workaholic », comme beaucoup de gens ici, qui semblent en être fiers. En plus, la ville est très chère.
J’amène beaucoup dans mon quotidien ce que j’ai appris dans la danse et au BJG : faire un peu ce qu’on veut, improviser dans la vie. Si quelqu’un ne te dit pas ce que tu dois faire, tu peux faire ce que tu veux. Dans une ville comme Londres, c’est important de se souvenir des règles d’hygiène de vie. Je ne veux pas être un esclave et travailler 7 jours sur 7.
Dernièrement, je suis dans une phase de créativité et de recherche.

6) Quels sont vos envies, vos désirs par rapport à votre carrière ?

Ca fait 3 ans que je travaille à plein temps, c’est court. Je me rends compte de plus en plus que je ne veux pas me focaliser sur un style de photo. Je veux créer des personnages par rapport à la période dans laquelle je me trouve, créer des séries d’images que les gens peuvent acheter et accrocher sur leurs murs.
Par exemple, j’ai fait une série qu’on peut voir sur mon site web, qui s’appelle « Le jardin » : je fais des images avec à la fois de la beauté, des danseurs qui ont un rapport détourné avec un objet, comme la télé par exemple ; j’y mets de l’humour, du décalage.
J’ai commencé une autre série, très noire, avec Anaïs Pensé, du BJG : elle est peinte avec du charbon sur le corps ; c’est très gênant, ça fait un peu mal, elle est nue devant l’appareil. C’est une série intime où je recherche la relation entre moi, le sujet et la matière.
J’aimerais continuer mes séries, travailler de plus en plus avec des photographes, des directeurs artistiques avec lesquels je deviens ami. Ma vision d’il y a un an commence à se réaliser : par exemple j’ai fait 5 vidéos musicales, qui ne sont pas des « musicals » ou des vidéos clips, mais des vidéos artistiques qui sont inspirées par la musique.
Je ne veux pas me concentrer sur ce que je veux de manière trop contrôlé : je jette des idées en l’air, je les marque sur un carnet, ça reste là un an, ou une semaine, et un jour ça se concrétise.
Une chorégraphe que j’ai rencontrée m’a invité à devenir co-directeur, de m’occuper de tout le visuel et aussi des répétitions, ce que j’aime bien faire. Je suis assez doué pour voir des choses qu’on ne voit pas souvent, car j’ai un œil différent. Je travaille beaucoup avec la notion de contraste, du coup, des chorégraphes m’ont invité à créer la lumière de leur spectacle.
Avec le BJG, quand j’ai été répétiteur, j’étais assez précis et mon but n’était pas d’être complaisant : au contraire, je disais toujours au danseurs qu’il faut être dans la recherche, dans le dépassement de soi.

7) Autre chose vous intéresse?

Le film, la danse, la photo. Mais surtout, mon projet pour le futur est d’avoir un très bon style de vie. Je travaille beaucoup, mais mon projet le plus important, c’est la Vie, tout court. Si je veux passer un mois au bord de la mer, je veux pouvoir le faire. On est trop souvent dans le « trend », dans l’action du moment présent. Je veux pouvoir m’enfermer dans le Rien, m’ennuyer pour avoir de l’inspiration. C’est quelque chose que j’ai appris avec Sean : j’étais très stressé, exigeant avec moi-même. Après la première saison, Sean m’a dit : « ne fais rien pendant trois mois. Tu as fait beaucoup de nouvelles choses, il faut du temps pour ton corps, pour ta tête, pour t’ennuyer. » J’étais très surpris. Après ces 3 mois, tout avait changé, mon corps, mon approche de la danse. Ça a été très important. Dans 10 jours, je vais partir deux semaines en Espagne pour ne rien faire.

8) Voulez-vous dire quelque chose aux danseurs du BJG?

J’aimerais leur dire de ne jamais arrêter de chercher, mais aussi observer, sans juger. Fermer les yeux pendant 10mn et les rouvrir et se rendre compte qu’on voit les choses de manière différente. Le fait de faire ça a changé ma vision. Il faut avoir une vision, tout le temps : ne pas faire de la danse uniquement pour danser, pour le mouvement, mais pour avoir une vision de ce qu’on veut être, de ce qu’on veut dire en tant que danseur.
Ça m’a fait changer en tant que danseur et ça m’a aussi fait approcher les auditions différemment : ça m’a enlevé le stress, car il ne faut jamais oublier qu’on peut faire ce qu’on veut. Même quand quelqu’un vous demande de faire quelque chose de précis, on peut trouver sa propre manière de faire.
Par exemple quand j’ai commencé à faire des photos de compagnies de danse, on était dix photographes. Au début, je prenais les photos comme tout le monde : ils veulent des belles photos, ok, je fais des belles photos. Mais j’ai commencé à casser les règles du jeu et ça a changé des choses pour moi, car les compagnies ont vu quelque chose de différent et se sont intéressées à mon travail.
Ce que j’ai appris avec Sean et Patrice, c’est de ne jamais être satisfait, mais tout le temps se mettre en jeu.
J’ai aussi appris que pour être photographe, il faut être business man : si vous voulez être un artiste, il faut être business man/woman. J’ai beaucoup appris au BJG au niveau administratif. Aujourd’hui, je fais mes contrats, je suis beaucoup au téléphone, j’écris des mails, je rencontre des gens, je parle etc.
Autour de moi, lorsque je rencontre de jeunes danseurs qui me demandent où aller, je suggère toujours le BJG, car c’est une expérience unique. A Londres, il n’y a nulle part pour faire ce qu’on fait au BJG.